Écrire

1126.

Notre impression d’abandon vient d’une erreur de perception : nous courons dans la même direction par des voies opposées.

 

Equipé d’une panoplie de cosmonaute, sûr de son coup cette fois, l’écrivain sauta dans la Fosses des Mariannes.

 

(Sa dernière aventure en tenue de scaphandrier avait ruiné son éditeur pourtant très enthousiaste à l’idée d’un récit de voyage dans l’espace.)

830.

La langue du roman déployait hier encore les ressources d’un sous-sol enrichi par maintes alluvions venues des gorges du temps se déposer dans une même phrase.

 

Le livre numérique produira à nouveau la superposition de strates (narratives, sémantiques) à laquelle peu à peu ont renoncé les romanciers de colle et de papier.

 

(– La barbe souvent vieillit en prenant une longueur d’avance.)

808.

Dans la surabondance, le croiriez-vous, pas miette d’un manuscrit vaillant. Nous recevons de temps à autre des livres honnêtes et publiables par des institutions de bienfaisance. Mais pour nous, rien. C’est non. Les bluettes, les adolescences délicates, les amours qui finissent et celles qui commencent, l’alcoolisme soluble dans la littérature, les drogues et dragues de toutes catégories, létales, légales, porteuses ou assistées ne nous intéressent pas. Les questionnements sur Dieu pourraient nous plaire à condition qu’ils soient écrits par Dieu lui m’aime. Nos goûts sont affichés : Handschin, Bernard, Albarracin, Caraco ou Girard. À moins, c’est non. Proust : Oui. Et Cervantès : D’accord ! Nous honnissons pas dessus tout les naturistes du minimal qui nous imposent leur feuille de lierre collée sur leur trop visible platitude.

C’est le prix à payer pour faire carrière dans nos cartons.