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Un rapport du sénat, disponible sur le site du CNL, s’inquiète de « l’avenir de la Galaxie Gutemberg face au big bang numérique » dans le même temps où les données sur les ventes de poésie et de théâtre affichent 0,6 pourcent du volume des livres vendus en 2008.

J’imagine que le rapport se propose de sauver d’une manière ou d’une autre les supports papier et de soutenir parallèlement les éditeurs de théâtre et de poésie en organisant, dans les jardins du Luxembourg par exemple, sur les finances publiques, des rondes quotidiennes de poètes libres et de rhapsodes subventionnés, déclamant, inspirant, transpirant et convertissant les passants aux vertus de la rime ou du vers libre, de la transgression et de l’éthylisme, du lettrisme et du cannibalisme (« Tu vas la bouffer ! »), alors que les chaînes nationales organisent déjà en boucle des tournois, des concours, des chants, des jeux sacrés dédiés à ces domaines affaiblis par les taux anormalement surélevés de glycémie et de pancol dans les
esprits.

L’île de la poésie : deux dizaines de couples frénétiquement épris d’alexandrins et de bains de mer s’emploient à détourner leurs concurrents de l’amour légitime à coup de tropes sublimes.

À une époque pas si lointaine, Joseph Brodsky proposait au Congrès américain de remplacer les Bibles dans les hôtels par des anthologies de poésie.

« L’amour de loin c’est de l’amour, mais loin c’est loin. »