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135.

David Marsac vous recommande pour la saint Serge le livre de Sylvie Nève, Peau d’âne, aux éditions Trouvères &
Compagnie
, publié en 2008.


Vous connaissez le conte soit par le sieur Perrault, soit par le sieur Demy (coffret Demy en vente depuis décembre 2009 – page de publicité sponsorisée). La
poétesse et performatrice Sylvie Nève en a donné récemment une version combinant les deux approches. Le rire de Delphine Seyrig, la grâce de ses voiles à jamais transparents, le ton enjoué des
interdits posés d’un coup de langue magique et la subtilité d’un conte expansé d’après l’original classique.

 

Le poème, faut-il le rappeler, traite d’un désir incestueux, dont la figure contemporaine du pédophile errant est le symptôme dans la dramaturgie médiatique
actuelle (dit au passage) : un roi de conte veut épouser « sa fillancée », la seule à surpasser en beauté la reine défunte. Fou de chagrin mais pas exempt de ces chatouillements
problématiques, le roi se convainc de son droit (à bon roi, bon droit). Comme ses prédécesseurs, Sylvie Nève se joue du drame, en germe dans ces prémices, au fil d’un vers libre, rythmé et
sonore, narratif ou musical, fouillant les différents registres et ambiguïtés ludiques de la langue, du calembours aux répétitions assonancées, jeux de miroirs révélateurs.

 

Elle illustre en cela cette forme volatile de la littérature que je défends aussi contre le marbre figé des postérités attendues, espérées, froides et illusoires
comme le Dieu géant planté dans les églises.  

 

– Il n’y a plus guère que des écrivains foncièrement catholiques pour croire encore à la postérité des œuvres, à leur utilité posthume, à leur intelligence d’un
siècle dans l’autre, se dit soudain David Marsac, réveillé par ses réflexions inédites.