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1334. ABC contre Apologie ?

Rapidement feuilleté, je m’en étais fait une idée rapide, c’était inévitable, à l’occasion d’une lecture de Jacques-Henri Michot qui n’avait pas eu lieu, samedi dernier au Mans. L’auteur était appelé ailleurs, Marseille, pour une célébration de la réimpression d’Un ABC de la barbarie, chez Al Dante.

« Un livre magnifique, nourrissant, indispensable ! » dit-on de lui ici.

Mince.

Et moi qui m’en fais une idée rapide.

Cité par Pierre Parlant, dans un article intitulé « La contre-battue », Jacques-Henri Michot ne semble pas en reste. Son livre est important – nécessaire : « Nécessité que je vois, en fin de compte, de produire aussi une manière de toute petite machine de guerre contre la fausse solidité bétonnée criarde calamiteuse sinistre de la parlerie à prétention “consensuelle” ».

Re-mince. Pas rien. Respect.

Et moi qui viens de m’en faire une idée rapide.

J’y retourne aujourd’hui et me jette, pour autant qu’un abécédaire puisse susciter chez moi un tel élan, sur l’exemplaire encore intact de la librairie. Et je feuillette l’abécédaire qui compile sans relâche – nécessité fait loi – les mots de la Barbarie contemporaine, de A à Z, me disant que l’entrée D, idée dernière la tête, fournirait à ma mauvaise foi la lettre en même temps que l’esprit.

Voici :

D.

(…)

n° 38.  D é  l  o  c  a  l  i  s  a  t  i  o  n  s

(p. 59)

Délocalisations, avec pluriel, figure parmi les mots (et les pratiques ?) honnis par tout Contre-barbare qui signe et qui ne simule pas. Enfin la vérité sur l’impression des livres !

Celui-ci, la dernière page s’en vante, est imprimé en Bulgarie, avec soutien du CNL, qui lui non plus ne stimule pas les éditeurs subventionnés pour qu’ils s’achètent une tenue décente. La morale n’est pas un déshabillé !

La main-d’œuvre à bas coût, infinie et renouvelable, prête donc main-forte à cette contre-rhétorique contre-barbare (accrochez vos bretelles), véritable « (petite) machine de guerre ».

Comme l’écrit encore Pierre Parlant, pour célébrer l’ouvrage, « Un ABC de la barbarie expose en effet, comme en une encyclopédie tourmentée, la série discrète des circulations du monde nôtre, l’espacement de la partition de l’être qu’un usage sinistre de la langue (« mortifère jactance ») voudrait tenir et fixer dans son enclos. […] »

Discrète circulation des contradictions militantes, en effet, sous couvert de commentaires amphigouriques. La mortifère jactance s’offre un jet continu dans les petites maisons délocalisantes.

 

*

« Les riches font travailler les pauvres. » À peu près, en effet, comme les planteurs font travailler les nègres, mais avec un peu plus d’indifférence pour la vie humaine. Car l’ouvrier n’est pas un capital à ménager comme l’esclave ; sa mort n’est pas une perte ; il y a toujours concurrence pour le remplacer. Le salaire, quoique suffisant à peine pour empêcher de mourir, a la vertu de faire pulluler la chair exploitée ; il perpétue la lignée des pauvres pour le service des riches, continuant ainsi, de génération en génération, ce double héritage parallèle d’opulence et de misère, de jouissances et de douleurs, qui constitue les éléments de notre société. »

Auguste Blanqui, Qui fait la soupe doit la manger, 1834

*

 

J’ai préféré acheter Apologie de la Barbarie, imprimé aussi en Bulgarie. Au moins, le lecteur n’est pas trompé sur la marchandise de la révolution verbeuse.

(Je continue mes relectures roumaines et vous retrouve tantôt.)

PS : C’est vrai qu’il suffirait de biffer la ligne 38 de l’entrée D pour remettre la révolution en branle (sa petite machine rhétorique).

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